Francis Blanche et Raymond Devos lors du Cercle de Silence de Colmar.

vendredi 7 octobre 2016
par  M.C.

Voici les deux poèmes lus à la fin du Cercle de Silence de Colmar.
Ils sont anciens et pourtant...

Vos nom, prénom....

Ne cherchez pas à lire mon nom sur mes papiers,
J’a lavé mes empreintes et j’ai perdu mon âge.
Appelez moi fumée, appelez moi nuage,
Laissez le reste en blanc sans rien me demander.

Je n’ai jamais volé que mes instants de chance,
Je n’ai jamais tué que le temps qui passait.
Mes poches sont percées, mais je garde en secret,
Le coquillage bleu du fond de mon enfance.

Vous n’avez pas le droit de prendre mes bretelles...
Ouvrez moi cette porte....rendez moi mes lacets !
Je n’ai rien demandé, simplement je passais.
Si je n’ai pas de nom, c’est que nul ne m’appelle.

Je suis très bien ainsi, laissez moi m’en aller.
Je ne mendiais pas, n’étais même pas ivre.
Et s’il faut à tout prix mettre un nom sur vos livres,
Appelez moi nuage, appelez moi fumée.
Francis Blanche

Dans les bois de l’hiver nos étés se promènent.
Nous les suivons au loin au hasard des sentiers.
Vêtus de souvenirs ils sont là tout entiers,
Peuplant de chants d’oiseaux les clairières de chênes.

Il faut si peu de choses au bois qui s’effeuillait
Pour faire un carnaval dans ses branches défaites.
Un rayon de soleil fait éclater la fête.
Un carré de ciel bleu fait renaître Juillet.

Les figuiers de Bandol et les pins des Issambres
Accrochent leurs parfums dans les tailllis déserts,
Et les chants de l’été viennent mêler des airs
De farandole folle aux valses de Décembre.

Francis Blanche
(Mon Oursin et Moi, édition du Castor Astral)

Je hais les haies

Je hais les haies
Qui sont des murs.
Je hais les haies
Et les mûriers
Qui font la haie
Le long des murs.
Je hais les haies
Qui sont de houx.
Je hais les haies
Qu’elles soient de mûres
Qu’elles soient de houx !
Je hais les murs
Qu’ils soient en dur
Qu’ils soient en mou !
Je hais les haies
Qui nous emmurent.
Je hais les murs
Qui sont en nous.

Raymond Devos